Petites observations et conseils pour les « influenceurs africains »

Posted on 4 juin 2018 Under les Blablatages

 

J’ai suivi à distance les débats Facebook qu’il y a en ce moment sur les influenceurs camerounais, certains se demandant (à juste titre) sur quels critères quelqu’un peut être considéré comme un influenceur ou non. Je vais simplement donner mon point de vue basé sur mes expériences.

J’ai participé à la mise en place de plusieurs campagnes influenceurs, dont une récemment qui a été diffusée sur Trace Urban et Trace Africa. Ce que j’observe, c’est que les gens qui s’auto-proclament influenceurs le font sur la base de leur propre perception d’eux-mêmes. Or, un « influenceur » est en principe, un leader d’opinion. Qui dit leader, dit qu’il y a des gens en face qui reçoivent le message (ou le contenu) qu’on leur diffuse. Quelle n’est donc pas ma surprise de constater à chaque fois que beaucoup de supposés influenceurs ne font pas le minimum basique qu’on attendrait d’eux. Ce qui va suivre résulte de ce que j’ai observé sur plusieurs pays africains. Je vais essayer de résumer ici :

 

  • Pas de moyen de contact : si vous êtes un(e) influenceur/se, cela va de soi que vous souhaitez mettre en avant votre notoriété digitale au profit de marques, organisations ou projets qui matchent avec votre ligne éditoriale. Or, je ne compte pas le nombre de fois où il faut faire des pieds et des mains pour contacter des influenceurs africains côté francophone. Mettez-vous à la place de vos interlocuteurs : qui a envie de vous harceler par commentaires (visibles de tous) pour une proposition de partenariat ? Qui a le temps de vous poursuivre pour obtenir une adresse mail ? Si vous avez quelque chose à vendre, on ne doit pas passer plus de 5 minutes à trouver un moyen de vous contacter. Hier soir par exemple, j’ai réussi à contacter une célèbre animatrice de télévision kenyane pour un partenariat avec une marque de cosmétiques. Cela ne m’a pas pris plus de 3 secondes et ce parce que… elle a mis son adresse mail en évidence dans sa bio ! Si vous ne voulez pas être spammé(e) dans votre boîte mail personnelle, créez en une autre qui soit spécifiquement dédiée, du style machinchose.partenariat@gmail.com Outre mesure, ça ne fait pas sens de pouvoir contacter des personnalités hyper médiatisées plus facilement que l’on vous contacte vous.

 

  • Pas de nom de domaine : à l’heure où les réseaux sociaux sont rois, beaucoup vous diront qu’un blog ou un site web est obsolète. On peut approuver cette affirmation en matière de viralité et d’engagement, mais n’oublions pas une chose : les moteurs de recherche, notamment Google, sont toujours aussi importants pour votre référencement et donc, pour vous identifier plus facilement. Même si vous ne comptez pas actualiser votre site/blog régulièrement et souhaitez diffuser exclusivement votre contenu sur Facebook, Instagram ou Snapchat, cela fait plus sérieux d’avoir un site où l’on peut au moins retrouver toutes les infos essentielles sur qui vous êtes, ce que vous faîtes, les chiffres/récompenses/articles de presse qui expriment votre supposée influence. En gros, ça fait tout de même plus « sérieux » d’avoir un espace qui centralise toutes ces informations. Par ailleurs – et je le répète très souvent – je ne trouve pas ça très pertinent de focaliser tout votre contenu sur une plateforme qui ne vous appartient pas. Qui aurait pensé que Myspace ou Hi5 seraient obsolètes à l’époque ? Qui vous dit que la plateforme où vous avez bâti conscienseusement votre audience ne va pas se retrouver rachetée par des actionnaires qui décident d’en changer complètement l’interface/le business model ou pire, décident de la fermer ? Vous vous retrouverez donc sans rien pour prouver que vous êtes influents… Avouez que c’est un peu stupide. Un nom de domaine de nos jours ne coûte pas grand chose, mais si vous ne voulez pas dépenser, ayez au moins un blog (WordPress, Over-blog, Tumblr…), ne serait-ce qu’en back-up.

 

  • Parlant de contenu et de site, voilà une autre épine que j’ai remarqué : on ne se dit pas influenceur si on n’a pas de ligne éditoriale. Attention, je ne dis pas qu’il faille forcément être spécialisé(e) sur un sujet donné, on peut être généraliste mais avoir un style, une signature qui elle-même fait office de ligne éditoriale. Malheureusement, beaucoup de créateurs de contenu côté francophone s’éparpillent à tel point qu’une marque qui souhaiterait associer son image à la personne en question ne saura même pas si c’est pertinent ou non. Mon conseil : prenez un sujet que vous maîtrisez et essayez déjà de bien vous positionner dessus, au lieu de sauter sur tout ce qui bouge (ce qui peut donner la sensation que vous êtes un opportuniste qui mange à tous les rateliers).

 

  • Être conscient de votre influence : un autre point que j’ai eu à remarquer PLUSIEURS fois… Les « influenceurs » ne savent pas qui ils influencent. Vous ne pouvez pas demander à être payé(e) si vous n’êtes pas capable de dire avec le plus d’exactitude possible le portrait-type de votre « public ». Courir après l’accumulation de followers sans compréhension de votre cible c’est « courir dans le sac ». On ne vous contacte pour un partenariat ou une campagne pas pour vos beaux yeux, mais pour ce que vous êtes susceptible d’apporter à un produit ou à une entité. Qui vous lit, où vivent ces personnes, quel est leur âge moyen, combien de likes/partages et surtout combien de commentaires avez-vous en moyenne sur vos posts, combien de gens achètent un article après que vous l’ayez recommandé, la croissance moyenne de votre audience, la meilleure heure de post… Vous devez être en mesure de maîtriser toutes ces données. Des plateformes telles qu’Instagram, Youtube, Google Analytics et Twitter vous permettent de savoir tout cela.. gratuitement. Pour ce qui est de Facebook, vous avez également accès à des données… Encore faut-il que vous ayez une page et non un simple compte, ce qui est mon point suivant

 

  • Facebook étant le réseau social le plus utilisé (en volume) sur le continent africain, il va de soi que c’est la principale plateforme où les marques souhaitent collaborer avec des influenceurs. Même si les multiples changements d’algorithme ont considérablement fait baisser la portée naturelle des posts, on touche toujours plus de gens (en théorie) sur Facebook que partout ailleurs. Cependant, beaucoup de leaders d’opinion afro ont beau avoir de nombreux commentaires sur chacun de leur post, ils le font à partir de leurs comptes personnels… Qui ne sont pas conçus pour cela, à la base. Du coup, on peut difficilement évaluer la portée des posts en dehors des choses évidentes que sont les likes, partages et commentaires. Par ailleurs, ne serait-ce que pour des questions d’image aussi, un influenceur qui prend la chose au sérieux se doit d’avoir une page Facebook et pour cause. Imaginons que votre notoriété digitale sur Facebook soit telle que vous acceptez 100 demandes d’amis par jour. Que se passe-t-il quand vous avez été atteint la limite ? Vous allez créer un second compte ? Puis un 3ème? Cela n’a pas de sens. Comme je l’ai dit plus haut pour le blog ou le site, une page est là pour faciliter l’accès à vos posts, centraliser et évaluer plus facilement la portée de votre contenu

 

  • Ayez une présentation de vos services : ceci n’est pas obligatoire mais je l’ai vu chez quelques influenceuses anglophones et je trouve que c’est plutôt pratique de recevoir une petite documentation en PDF avec la présentation de l’influenceur, les chiffres qui traduisent votre influence, des screenshots de vos meilleurs posts, les montants en fonction des demandes (partenariats, posts sponsorisés, campagnes pub…). Cela renvoie aussi une image de professionalisme à votre interlocuteur, ce qui permet de partir d’un bon pied quand les négociations arrivent. Si vous ne savez pas comment évaluer ou ne connaissez pas les prix du marché, déterminez le temps que vous allez passer ou dédier à ce partenariat, et associez un montant horaire. Ou, vous pouvez aussi évaluer le nombre de personnes potentielles de votre audience qui seront touchées et accordez un montant pour chaque personne touchée.

 

  • Faîtes attention à ce que vous postez : je veux parler ici des fautes d’orthographe. Même si vous avez 10000 likes par post, les marques de standing (celles qui ont du budget pour des campagnes d’influence) s’associeront difficilement avec vous. Certaines feront l’impasse dessus, par appât du gain (ou de visibilité que vous allez lui donner), mais il est tout de même préférable de soigner vos posts un minimum, ne serait-ce que pour élargir le champ des marques qui peuvent vous contacter.

 

  • Apprenez à dire NON : toutes les campagnes ne sont pas bonnes à prendre. Même si elles sont bien payées, si celles-ci vont à contresens de votre contenu ou votre image publique, sachez dire non. Par exemple : si vous êtes une influenceuse branchée Mode islamique, si une marque qui fait la promotion de produits alcoolisées vous contacte pour le lancement d’une gamme sans alcool, il vous faudra bien réfléchir avant d’accepter. Si vous êtes vraiment dans la pire galère financière, ça peut se comprendre que vous disiez oui mais pensez bien aux dégâts par la suite, à votre audience qui risque d’être déçue, aux autres marques ou entreprises qui ne voudront plus travailler avec vous etc.. Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Encore une fois, soyez CO-HÉ-RENT(E)S.

En bonus, pour finir, je dirais de soigner aussi la manière dont vous contactez les marques. C’est un petit milieu où les mails circulent très facilement. Si vous souhaitez proposer un partenariat à un restaurant, un hôtel, une marque de vêtements ou autre, au lieu d’insister sur ce que vous voulez d’eux (gratuitement), réfléchissez à ce que vous allez leur apporter. Comme dans tout deal, la personne en face veut savoir ce que vous pouvez faire pour elle et non l’inverse.

Je pourrais continuer encore, et sans doute, j’actualiserai ce post dans les prochains jours. Tout ceci pour dire : un leader d’opinion a des obligations. Si vous acceptez cette position, vous ne pouvez pas faire le travail à moitié et ensuite, vous plaindre qu’il n’y ait pas de retombées. L’influence sur la base du nombre de followers, ça se fabrique, ça s’achète. Par contre, la maîtrise de son audience, la capacité à véritablement démontrer qu’on influe sur les comportements ou les décisions d’autrui, ça ne s’invente pas, ça se construit. Je sais bien que pour le moment, le marketing d’influence en Afrique francophone va dans tous les sens et peu sont les agences ou les marques qui sont à cheval sur tous les éléments que j’ai cité plus haut mais tôt ou tard, la sélection naturelle se fera, comme elle s’est faite partout ailleurs… et seuls les meilleurs rafleront la majorité des sous qu’il y aura dans le secteur… Quand il y en aura. À bon entendeur.