Avez-vous entendu parler du “Trigger Marketing” ? C’est une expression que j’ai découverte récemment. Il semblerait que cela désigne à la base, le fait de relancer automatiquement un client pour le pousser à l’achat mais dernièrement, la définition aurait quelque peu évolué. Maintenant, cela comprendrait l’ensemble des stratégies mises en place pour créer du buzz en titillant l’indignation et la colère d’autrui.
L’idée que certaines polémiques racistes, sexistes ou islamophobes soient complètement fabriquées en amont pour des raisons commerciales n’est pas nouvelle. Elle fait même partie des théories les plus répandues, et il suffit du moindre scandale pour qu’elle refasse surface. Alors, complotisme ou réalité ?

Quand on regarde les choses froidement, il faut bien reconnaître que ce serait un véritable gâchis que de ne pas user de la colère pour véhiculer un message publicitaire. La colère est chaude, puissante et surtout… virale, un élément-clé de la visibilité aujourd’hui. De ce fait, bien que cela semble saugrenu, que quelqu’un invente un incident raciste (ou prétende en avoir été victime) pour en gagner quelque chose, ça se tient. Cela peut même – non sans un brin de cynisme – se défendre. Regardons l’exemple de Jussie Smollett. Acteur moyen dans une série américaine à succès (Empire), il a (d’après les derniers éléments de l’enquête) monté de toutes pièces une fausse attaque raciste et homophobe en janvier 2019. Son but ? S’attirer la sympathie du tout Hollywood, et l’exposition médiatique dont il n’avait jusqu’ici jamais bénéficié.

Si son plan n’avait pas magnifiquement foiré, qui sait où il en serait actuellement ? Probablement casté dans un 1er rôle pour une super production d’un grand studio de Los Angeles ? Ou alors devenu l’égérie étiquettée “Diversité et Inclusion” d’une grande marque de vêtements ?

Le fait est que notre capacité à nous indigner a fini par avoir une valeur marchande. Parce qu’à une époque où l’attention s’éparpille de plus en plus, réussir à canaliser un groupe de personnes sur un sujet bien précis pendant 1h, 24h ou 2 semaines tout au plus, est un exploit. Et ce, peu importe la teneur malsaine du sujet en question.

Les maux de notre société sont réels, et ils méritent qu’on s’y attaque mais en toute chose, il faut de la mesure. Usons des moyens à notre disposition pour les dénoncer sans pour autant devenir des chiens de Pavlov, qui au moindre chatouillement et sans utiliser leur bon sens, se mettent à aboyer à tout venant. Cela décrédibilise l’activisme digital, en plus de montrer les limites de notre raisonnement collectif. Avant de réagir, lisons, renseignons-nous, croisons les informations, traitons les choses au cas par cas et finalement, interrogeons-nous sur si oui ou non ce nouveau “bad buzz” qui émerge mérite notre énergie. Les vraies causes à défendre n’en seront que plus fortes.